Affif Cherfaoui

Publié le par JG

Affif Cherfaoui, à côté de son tableau : les héritiers en goguette

C'est lors d'une très belle exposition, à l’école Claude Monet à Châteaubriant que j'ai découvert Affif Cherfaoui ( ci-dessus, à côté de son tableau "Les Héritiers en goguette")

Fermez les yeux
Imaginez un instant que vous êtes à Oran
Et respirez doucement les odeurs de Bretagne.
Un éclat blessera soudain vos pupilles :
Vous serez au cœur de la déchirure
                (Hamid Skif)

Déchirure ? Ou convergence ? Les œuvres que présente Affif Cherfaoui ont été réalisées en 2003, au moment de l’année de l’Algérie en France. Encre, gouache, huile, aquarelle, sanguine : l’artiste multiplie les techniques au gré de sa fantaisie et de ses supports (toile, carton), au gré de son inspiration

Il peint Oran et pense à la Bretagne,
il peint Châteaubriant et pense à l’Algérie.
« D’un rivage à l’autre » : le thème de l’exposition montre le lien entre la France et l’Algérie, un lien d’histoire, un lien de culture.

Affif Cherfaoui n’est pas avare de commentaires. Sa peinture est chaude, vivante, colorée, figurative et en même temps symbolique. Il sait construire un paysage dans toute sa complexité et en souligner les éléments avec la finesse des triangles, des ronds et des points qui caractérise l’art arabe..

Dans tous ses tableaux on ressent l’amour du pays, l’Algérie bien sûr (Oran, Tlemcen), mais aussi la France sa patrie d’adoption (Ile de Ré, île de Bréhat, St Malo). L’artiste affectionne également les constructions graphiques qui expriment son imaginaire et son humour.

D’un côté il explique que les trois boules et le croissant qui ornent le sommet des mosquées, évoquent les « Peuples du Livre », l’Islam qui reconnaît les autres religions

D’un autre côté, il présente « Les héritiers en goguette » avec le chandelier juif, le croissant de l’islam et la croix du christianisme (voir photo en haut de page). Mais que représente donc le quatrième personnage, à droite sur le tableau ? « Ce que vous voulez, l’enfant ou le chien. Histoire de rire ». Humour.
Histoire

Pour lui, le kiosque de Châteaubriant rappelle les kiosques de son pays natal, lieux de rencontre et de fête.

Les enfants d'octobre, 1988

L’un de ses tableaux (voir ci-contre) porte trois noms :
- « les enfants d’octobre » évoque cette épisode tragique de 1988 où l’armée écrasa dans le sang la première révolte des étudiants d’Alger.
- « Le fleuve détourné » fait référence à l’écrivain Rachid Mimouni et évoque aussi la première manifestation publique des islamistes en Algérie.
- Enfin « Le bleu tragique de l’Algérie » fait référence au bleu algérien qui, cette fois, marqua un des drames de l’histoire de l’Algérie.

« C’est pas des petites fleurs dans des vases » dit lui même Affif Cherfaoui qui sait si bien accueillir de jeunes élèves, leur raconter des histoires et des anecdotes autour de chacun de ses tableaux.

Et s’il montre des mosquées, lui l’athée, c’est parce que les religions ont durablement façonné les civilisations et l’art.

Femme

Affif Cherfaoui est aussi un peintre de la Femme avec majuscule et ce n’est pas un hasard si l’exposition présente des extraits des poèmes de son ami Hamid Skif.

La mélancolie de « Chaouia », les nus de « Amour et fiel », l’énigme de « Nedjma », « Femme-ville, Femme-forêt, Femme-paysage, Femme-terre, images multiples d’une Algérie, image des Algéries dans les cœurs » écrit Nicole Auffret dans le catalogue de l’expo.

Expo à voir à l’école Claude Monet
Tél 02 40 81 09 64

Voir aussi Affif Cherfaoui à La Meilleraye de Bretagne -
02 40 55 21 27 - afik@club-internet.fr

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Et voici le poème de son ami
    Hamid Skif :

HOMMAGE

Femmes assises dans les replis du temps
les coins tendres de l´âge
Femmes soumises à la corrosion
              des regards acides
              des menaces chuchotées
              et hurlées

Femmes de terre et d´eau
palpitantes au premier sifflement d´Adam
Les pommiers ont détourné leurs promesses
et les chariots n´empruntent plus
les sentiers menant aux prairies

Les cimes voilées se taisent
pour écouter les aigles chauves affûter leurs becs
et les fourmis ont arrêté la caravane
sur la crête de dunes blondes

Femmes de chanvre et d´herbes folles
soumises et vaincues au premier sourire
de la création

Femmes de palmiers et de sources
piégées dans le golfe des bavardages
les jeux enfantins ont quitté la mariée
et dans vos yeux tremble le feu nourri
des querelles d´amour

Femmes assises dans les labyrinthes
de la passion moissonnée
par les cris de l´enfantement

Femmes d´hier, de demain
sur la terre maltraitée
et ornée de vos mains
il restera toujours quelque part
une bouche pour vous ravir et crier
avec l´espérance têtue que vous êtes
le chant du monde inaccompli

Femmes souveraines
es temps anciens et des conquêtes futures
sur les vagues et dans les vents
Portées par les chaloupes de vos corps brisés
Il ne restera un jour sur cette terre
qu´un seul homme pour vous adorer et vous aimer
Il sera gardien du paradis

Eve habite la Palestine
et au Sahara s´arrêtent les vagues
au pied d´une femme nue
armée d´un seul sourire pour désarçonner
les courtiers de la mort

Dans chaque femme commence le monde
et vous le dites si tranquillement
sur le ton des chuchotements graves
qu´il me souvient d´avoir appris de ma mère
les secrets de votre quête

Où êtes-vous donc femmes de mes désirs
éclats de jarres sur la terre perdus
fragments de silence et blessures béantes
à mes yeux d´enfant vêtu de vos seules promesses ?

Sur les feuilles de chaque arbre qui croît
et sur l´asphalte des villes basanées
il y aura toujours pour moi
un nom de femme inscrit
pour ne pas
perdre espoir
                                                           Hamid Skif



Publié dans bp44036

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